Découvrez l’homélie du 30 juin 2024 par l’abbé Alexandre Marie ROBINEAU

13ème dimanche T.O. – messe départ Luçon – 11h – 30 juin 2024

 

Chers frères et sœurs bien-aimés de Jésus Christ,

Voilà une véritable messe dominicale qui rassemble large, toute notre grande paroisse, notre communauté étendue, en cette cathédrale, et ce, comme pour toute messe, pour chaque messe : pour rendre grâce à Dieu ! En venant ce matin, nous répondons à une invitation du Seigneur qui nous convoque, nous rassemble en Eglise pour nous donner sa vie. D’ailleurs, connaissez-vous le seul objet qui peut être baptisé, non pas béni, mais baptisé, et qui a un parrain et une marraine, avec un nom, etc. ? Facile… la cloche de l’église ! Car elle fait partie de la communauté, appelant et invitant tous les fidèles à la messe, à la prière ; elle rythme le temps par l’angélus, les heures, le glas, les fêtes, la joie ! Et ce matin, ce sont les belles cloches de la cathédrale qui nous ont rassemblés pour célébrer et rendre grâce à Dieu ! Pour chanter avec elles !

Et à la lumière de la Parole de Dieu de ce dimanche où nous sommes tous rassemblés, j’aimerai vous parler de, soyons pour une fois originales !, de 3 choses : Passer, se relever et marcher, et être pauvrement riche.

 

1/ Passer

Nous l’avons entendu dans le Livre de la Sagesse : « Dieu n’a pas fait la mort ». Mais c’est une conséquence du péché et du mal. Et pourtant Dieu s’en est servi et s’en sert (comme de tout mal pour un bien plus grand, si on lui fait confiance…), il s’en sert comme d’un passage vers la vraie vie ! C’est le passage de la Mer Rouge par Moïse et les Hébreux, la pâque juive de l’esclavage d’Egypte à la liberté de la Terre Promise, qui préfigure la vraie Pâque de l’Agneau sans tâche, l’Agneau pascal, la Pâque du Christ et de son Corps l’Eglise, le passage de la mort à la vie. Et ce passage, cette pâque, se vit dans chaque sacrement, notamment à chaque messe, mais aussi dans toutes les dimensions de notre vie au quotidien quand il faut mourir à soi-même pour ressusciter et vivre à la vie nouvelle ; quand il faut passer de toutes nos petites morts à la vraie vie dans la foi et la confiance en Dieu. Notre vie est un passage comme pèlerinage. Toute notre vie n’est que passage, passage après passage, pâque après pâque, pour goûter la vraie joie de la vraie vie : « celui qui veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Celui qui veut garder sa vie la perdra ; mais celui qui perd sa vie à cause de moi la gardera pour la vie éternelle » nous dit Jésus.

Notre vie doit être une vie pascale, toute remplie de la mort et de la résurrection du Christ, qui est une réalité incarnée dans notre chair, dans notre quotidien. Tout l’enjeu c’est de tout vivre avec le Christ, de mourir avec lui pour ressusciter avec lui, toujours, jour après jour ! Tout l’enjeu c’est que notre vie soit plongée dans le mystère pascal ! Et que le mystère pascal habite tout notre être… Cela pour vivre tout avec un vrai détachement chrétien en se centrant sur l’essentiel, sur le Christ mort et ressuscité… Il nous faut donc passer…

Les prêtres, le curé, sont de passage dans une paroisse, et au final, comme tous les paroissiens… et il y a là aussi à vivre de petites morts, des petits deuils, des détachements, parfois douloureux, comme tout deuil, pour vivre des résurrections, pour vivre le mystère pascal avec le Christ, pour suivre le Christ et son Eglise dont nous sommes les membres, pour porter du fruit selon la volonté du Seigneur. Dans le livre « Sagesse d’un pauvre » d’Eloi Leclerc sur les dernières années de la vie de St François d’Assise il y a de très beaux passages sur cela, notamment le panier d’osier jeté au feu car François y avait mis trop de cœur et y était trop attaché. Et cela sert d’image au détachement encore plus difficile de François de sa fondation des frères franciscains pour comprendre que c’était là non pas son œuvre à lui, mais bien l’œuvre de Dieu seul ! « Le Seigneur a donné ; le Seigneur a repris ; que le nom du Seigneur soit béni » dit le prophète Job. Toujours et en toute chose. Aujourd’hui c’est vrai pour vous, c’est vrai pour moi. C’est l’œuvre de Dieu dont nous sommes tous les serviteurs, et non pas notre œuvre à nous. Que le nom du Seigneur soit béni !

Vivre des pâques, des passages, pas après pas en se relevant et en marchant…

 

2/ Se relever et marcher

« Talitha koum » : « lève-toi ! » ; « elle se leva et se mit à marcher ». Le Seigneur nous connaît mieux que nous-mêmes et il sait très bien nos difficultés, nos réticences, nos résistances à vivre toutes ces pâques, ces passages, et les vivre charnellement et concrètement… Alors, il nous prend par la main, nous dit et nous donne sa parole recréatrice, nous relève, nous fait manger, nous invite à marcher et à avancer…

Vous savez quand on est prêtre, je crois qu’on est privilégié à double-titre : on est témoin de cela dans la vie de nombreux fidèles que le Seigneur concrètement relève, nourrit, réconforte. C’est incroyablement beau et fort ! Mais on le voit aussi dans sa propre vie. Le prêtre est le plus pauvre des hommes. Il est un pécheur comme tous les autres, et le Seigneur se confie complètement entre ses mains pour mieux se donner à ses frères et sœurs : abîme et abysse entre notre misère humaine et la grâce infinie que Dieu donne par sa présence. C’est pourquoi il faut prier pour les prêtres et vos prêtres, non pas pour qu’ils soient à la hauteur car ça c’est impossible… mais pour qu’ils ne détournent pas et ne gâchent pas trop la confiance de Dieu reçue…non pas d’abord pour eux-mêmes mais pour vous tous…

Pour vous comme pour nous, Dieu sans cesse, par sa grâce et sa miséricorde infinie, nous relève et nous pousse à marcher, à combattre, à ne rien lâcher, à ne pas se décourager, surtout quand parfois les croix sont lourdes et pesantes. Mais Il est là et ça change tout ! Et j’en ai fait l’expérience concrète à plusieurs reprises depuis que je suis ici, à votre service, comme curé. 5 ans, c’est court. Je vais donc rentrer en CP des curés en septembre…

C’est avec vous que j’ai appris à marcher, que j’ai fais mes premiers pas de curé et on peut dire que dès le départ j’ai été mis à rude épreuve avec le Covid et les changements annuels des limites de territoire à desservir… Mais c’est formateur… Tout est grâce ! Merci à vous de votre patience ! Le curé a pour responsabilité de travailler et de servir la communion et la mission. Les deux ensembles. Tâche délicate mais « rien n’est impossible à Dieu ! » n’est-ce pas ? La preuve en voyant tous vos visages ce matin…

La devise du Maréchal de Lattre m’inspire et je vous la partage. Elle tient en 3 mots : « Ne pas subir » ! Le Seigneur à travers des croix donne des grâces et j’ai une douce pensée ce matin pour Jany Robert et son dévouement, le Père Auguste Rambaud et sa bonté, pour Sabine Thibaud et son sourire, pour Daniel Blondin et son sens du service, et de nombreux autres paroissiens dévoués qui nous ont quitté, et bien sûr pour Thierry Horcholle, ami et paroissien engagé. Dans tous ces moments difficiles, le Seigneur nous a conduit. Il nous a relevé pour que nous marchions, en Eglise, à sa suite, dans la confiance et l’espérance.

Et enfin, chers amis, être pauvrement riche…

3/ être pauvrement riche

La vie spirituelle chrétienne c’est donc sans cesse se lever, se relever pour avancer et suivre Jésus. Cela doit se vivre les yeux fixés sur lui. Cela doit se vivre en vivant de sa grâce qui nous vient de son abaissement jusqu’à mourir par amour pour nous. « Lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » nous dit ce matin St Paul. C’est là la vraie richesse et il faut donc s’appauvrir pour s’enrichir ! un paradoxe de plus de notre foi chrétienne ! Et j’aimerai pour illustrer cela vous donner ou vous redonner une petite histoire vécue en Inde et qui a été pour moi une des plus grandes leçons de vie apprises là-bas et qui me sert encore chaque jour… Pauvres et démunis, ils offraient tout ce qu’ils avaient : leur joie de vivre, leur sourire, leur amour. Moi, j’y suis arrivé avec beaucoup de générosité, voulant faire plein de choses, pour les aider, les aimer. Venant de moi, en-haut, pour leur donner à eux, en-bas. Histoire du petit Mangia et du bonbon à accueillir et recevoir. Eux aussi avaient le droit de donner à leur tour, de goûter cette joie qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir, encore faut-il qu’ils aient l’occasion de donner à leur tour, et donc nous d’accepter de recevoir, d’accueillir d’un plus petit, d’un plus pauvre que nous… apprentissage difficile de l’humilité… Quand j’ai été hospitalisé dans un petit hôpital de religieuses, il fallait se débrouiller pour les repas… et ce sont les enfants des rues qui venaient se relayer au pied de mon lit et m’apporter à manger… pas facile à accepter pour soi-même et en même temps : vous auriez vu leur joie et leur fierté de m’aider ! Accepter d’être un pauvre pour se laisser enrichir par tout l’amour que le Seigneur veut nous donner : voilà chers amis le chemin de la vraie vie, de la vraie joie, le chemin de la communion avec Dieu en ce monde pour un jour voir Dieu face à face ! « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux ! » C’est cela la vraie pauvreté des saints car c’est la pauvreté du Christ qui donne tout par amour ! A nous de l’accueillir, de le recevoir, comme des pauvres… Mystère de nos mains vides… Ne dépendre que de Dieu ! Lui rendre toutes les grâces ! Lui rendre grâce sans cesse !

Merci au P. Jean pour ces 2 années passées au service de la mission dans notre paroisse. On y reviendra ensuite dans le cloître. Merci au P. Jean-Yves, lui qui reste ! Heureusement, il en faut bien !

Confions-nous à la prière de la Vierge Marie. JVSM à la fin : pourquoi ? pas tout vous dire ; un secret entre elle et moi ; mais je ne serai pas là si elle n’était pas là… la prier… se confier… Amen.

Abbé Alexandre-Marie ROBINEAU +

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