Découvrez l’homélie du dimanche 23 Juin par Jean Marc KRAUTH

12 -ème dimanche du temps ordinaire année B – Cathédrale de Luçon

Frères et sœurs en Christ,

Cet évangile, nous le connaissons bien parce que nous l’avons entendu plusieurs fois. Et pourtant, il est porteur d’un message important qui risque de passer inaperçu. Rappelons-nous : Jésus avait parlé à la foule en paraboles. Ces paraboles sont des histoires que le Christ raconte pour nous faire part des secrets de Dieu. Et ce récit d’aujourd’hui, nous pouvons le considérer comme une parabole en actes. Il nous faut l’accueillir comme une bonne nouvelle qui nous rejoint dans la situation qui est la nôtre.

Jésus invite ses disciples à passer avec lui sur « l’autre rive. » Cet appel à une signification très forte. La question n’est pas seulement de traverser un lac. Pour l’Evangile, cette autre rive, c’est celle du monde païen. Jésus ne veut pas que les disciples restent seulement avec les croyants. Avec lui, la mission n’a pas de répit. Il est venu appeler tous les hommes au salut ; il est donc important que ce monde païen puisse entendre cette bonne nouvelle.

Mais au cours de la traversée, c’est la tempête. Pour les hébreux, la mer c’est le repère des démons et des forces du mal. On se la représentait peuplée de dragons et de monstres marins. Dans cet évangile, nous comprenons que les puissances du mal veulent engloutir la barque de la Parole pour l’empêcher d’atteindre cette autre rive.

Tout cela se passait sur le lac de Galilée. Mais quand saint Marc écrit son évangile, il s’adresse à des chrétiens persécutés. Pour eux aussi c’est la tempête et elle est violente. Alors, comme les disciples autrefois, ces chrétiens crient vers le Seigneur : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Et c’est le même cri de souffrance et de désespoir qui surgit tout au long des siècles et même aujourd’hui.
Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont trouvé la mort à cause de la folie d’un homme au cours de la seconde guerre mondiale et plus récemment en Ukraine « Et cela ne te fait rien ? »

L’Eglise est critiquée, incomprise et parfois même ridiculisée parce qu’elle va à contre-courant des positions du monde ou encore parce qu’elle prend la défense des petits et des exclus. Des livres, des films, des publicités la tournent en dérision : « Et cela ne te fait rien ? »
Dans notre entourage, certains sont victimes de terribles épreuves : victimes de l’orgueil, de la violence et de la haine des hommes, de l’exclusion, de la calomnie qui détruit injustement leur réputation. « Et cela ne te fait rien ? »

Frères et sœurs,

Nous le voyons bien, les tempêtes sont nombreuses dans notre vie. Et l’Eglise n’est pas au-dessus du monde. Elle est solidaire de tout ce qui s’y passe. Les joies et les souffrances des hommes sont ses joies et ses souffrances à elle. Les tempêtes du monde la secouent inévitablement. Elle ne peut pas ne pas participer à tous les combats pour un plus grand respect de l’homme pour le respect de la justice et de la paix. Mais c’est presque toujours au risque de la persécution.

Le grand message de cet évangile c’est que, au plus fort de la tempête, Jésus est là avec nous, avec son Eglise. Il ne nous abandonne jamais, même lorsqu’il semble dormir et être indifférent à ce qui se passe. Pour nous aider à comprendre cela, voici un commentaire de Saint Augustin : « Quand on dit que Dieu dort, c’est nous qui dormons ; et quand on dit que Dieu se lève, c’est nous qui nous réveillons. En effet, le Seigneur dormait dans la barque, et si elle était secouée, c’est que Jésus dormait. Ta barque c’est notre cœur. Et Jésus, dans la barque, c’est la foi dans notre cœur. Si tu te souviens de ta foi, ton cœur n’est pas agité, mais si tu oubliés ta foi, le Christ dort et tu risques le naufrage. »

En ce dimanche, laissons-nous interpeller par cette parole de Jésus : « Pourquoi avez-vous peur ? Pourquoi ne croyez-vous pas en moi ? » Ce reproche est aussi pour nous quand nous nous retranchons derrière nos fausses sécurités. C’est une invitation à les secouer résolument et à avancer vers l’autre rive où nous attend la mission.

Alors ne nous gênons pas pour appeler le Christ avec force au cœur des tempêtes de nos vies. Les disciples l’ont fait. Ne doutons jamais de la présence du Seigneur même quand tout va mal. Rien ne peut empêcher le Royaume de Dieu de grandir inlassablement, comme une semence jetée en terre. L’humanité vogue vers l’autre Rive, poussée par l’Esprit de Dieu qui souffle où il veut.
Alors, oui frères et sœurs, gardons confiance ! N’ayons pas peur ! Rendons grâce au Seigneur ressuscité toujours présent au cœur de nos vies et de nos tempêtes. Et surtout n’oublions jamais que la mission nous attend. Amen