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Homélies paroissiales
Homélie du Vendredi 8 Décembre 2023 (Immaculée Conception) par l'abbé Alexandre Marie ROBINEAU
Homélie du Vendredi 8 Décembre 2023 (Immaculée Conception) par l'abbé Alexandre Marie ROBINEAU
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Homélie du Vendredi 8 Décembre 2023 (Immaculée Conception) par l'abbé Alexandre Marie ROBINEAU

HOMÉLIE

Chers frères et sœurs bien-aimés de Jésus Christ,

Comme pour de nombreux autres dogmes de l’Eglise, celui de la Conception Immaculée de la Vierge Marie pourrait nous sembler lointain, compliqué, voire même désuet, insignifiant et inutile… Certains pourraient même dire, avec nos frères protestants, que cela n’est pas explicitement dans les Ecritures, que c’est une invention de l’Eglise, que cela n’a aucun fondement, et qu’au final si on n’y croit pas ce n’est pas si grave… Détrompez-vous… Et permettez-moi de vous en parler en vous parlant de Tradition, d’Eglise et de Salut. 

1/ La Tradition

Parce que nous, catholiques, nous ne sommes pas une religion du livre mais une religion de la Parole, nous savons et croyons que la Parole de Dieu ne se réduit pas à la Bible mais qu’elle est bien plus large. Et c’est pourquoi il y a la Tradition et le Magistère de l’Eglise, inspirés par l’Esprit Saint, qui nous aident à accueillir toute la profondeur et le mystère de la Parole de Dieu. Et c’est ainsi que nous pouvons accueillir la vérité tout entière, c’est-à-dire le Christ lui-même, le Verbe, la Parole de Dieu, dans toute sa richesse, qui a besoin de temps pour se déployer et se révéler. Il en va notamment ainsi pour l’importance fondamentale de la Vierge Marie dans l’histoire du Salut.  Il y a d’abord de nombreux passages des Ecritures qui en parlent et toujours aux moments décisifs de la vie du Christ et de l’Eglise.

Ensuite, il y a de nombreuses choses qui ne sont pas contenues dans les Ecritures comme le dit St Jean à la fin de son Evangile : « Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait » (Jn 21,25). Ainsi, la Tradition et l’Eglise enseignante existaient avant la rédaction des Ecritures. Par conséquent, le principe Sola Scriptura des protestants, l’Ecriture seule, ne fonctionne pas. Comme le dit le Catéchisme : « La Sainte Tradition et la Sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu » (§96). Et c’est bien l’Eglise et la Tradition qui ont choisi de retenir ou pas des textes comme inspirés ou non par l’Esprit Saint et pouvant être lus comme Ecriture Sainte. Luther s’est pris pour l’Eglise et a fait lui-même son tri, ôtant des Saintes Ecritures les textes qui ne lui convenaient pas…

Et c’est pourquoi la Tradition est si importante pour entrez dans le mystère de Dieu et la profondeur de sa Parole notamment au sujet de la Vierge Marie. En lien avec l’Eglise dont nous sommes les enfants. Et les dogmes concernant Marie parlent peut-être plus de l’Eglise que d’elle… 

2/ L’Eglise, chers amis.

Ce n’est jamais en individu, seul, isolé, que nous accédons à Dieu, à ses mystères et au Salut, mais c’est bien en Eglise, comme membre du Corps du Christ. Et les 4 dogmes fondamentaux concernant Marie : sa maternité divine (Théotokos), sa virginité, sa conception immaculée et son assomption au Ciel, concernent aussi tout le mystère de l’Eglise. Chers amis, retenez cela svp : on ne peut jamais séparer ce qu’on dit du mystère de la Vierge Marie du mystère de l’Eglise. C’est tout un dans le mystère de Dieu !

Ecoutons St Paul : « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée » (Eph 5, 25-27). Sainte et immaculée !

Par son Immaculée conception, la Vierge Marie préfigure l’Eglise sanctifiée, immaculée, sauvée par l’Amour de Dieu vainqueur du péché et de tout mal ! Par la seule grâce de Dieu !

L’ange dit à Marie : « Je te salue, Comblée-de-grâce ». Marie est totalement graciée, remplie de la grâce de Dieu, non pas d’abord pour elle-même mais pour nous, pour notre salut, pour que Dieu puisse nous sauver, pour toute l’Eglise. 

3/ Le Salut, chers amis.

C’est bien ça qui est en jeu en ce mystère de la Conception Immaculée de Marie. L’Eglise a eu besoin de temps pour le comprendre et accueillir en vérité toute la dimension de ce mystère. De manière officielle depuis 1854, mais après des siècles de préparation et de foi populaire…

Et c’est le propre du mystère : ce qu’on n’a jamais fini de comprendre… On ne peut en faire le tour… Mais ce qui est le plus important ici pour nous et qu’il nous faut bien comprendre, c’est que Marie n’est pas le Christ ni Dieu ! Elle n’est pas une déesse, avec des pouvoirs prodigieux. Elle n’est pas la figure christianisée de la déesse terre Gaïa, etc. comme beaucoup le pensent et parfois des catholiques mal embouchés !

Marie est « simplement » dirai-je, une créature sauvée qui a dit « oui » à Dieu. Dieu l’a choisi dans son immense miséricorde pour faire advenir au milieu de nous son salut. Marie est toute donnée, toute « oui », toute graciée, toute offerte pour Dieu, pour le Christ, pour l’Eglise, pour chacun de nous. Et elle est toute immaculée, pour être emportée au Ciel Corps et Âme, afin de continuer, auprès de son Fils à prier et intercéder pour nous, en continuant à tout donner, sans rien garder pour elle. Marie ne garde rien pour elle mais elle donne tout à son Fils. Comme dit St Louis-Marie, quand nous disons et prions « Marie, Marie », nous entendons en écho « Jésus, Jésus ».

Et tout ce qu’on peut dire de Marie est lié au Christ où en son mystère pascal nous sommes sauvés. Marie ne cesse pas de nous tourner, avec elle et toute l’Eglise, vers la mort et la résurrection de son Fils Jésus. C’est le cœur de tout ! C’est là que nous sommes sauvés ! C’est là que Marie est graciée, et par une grâce anticipée, est devenue Immaculée dès sa conception ! Grand mystère qu’il nous faut sans cesse méditer et creuser dans notre prière…

 

Chers amis, la prière de Marie et de toute l’Eglise est ce qui nous porte et porte le monde, malgré les ténèbres, en nous centrant sur Jésus comme à chaque messe. Et avec et par Marie nous sommes invités à accueillir cette sainteté de notre vocation pour en vivre vraiment et laisser Dieu changer le monde et les cœurs.

Pour finir, voici ce que disait le moine Thomas Merton : « J’aurais dû avoir assez de jugement, dès l’époque de ma conversion, pour comprendre que la vraie cause des guerres est le péché. Si j’avais accepté le don de sainteté, de la vocation qui m’avait été offert sur les fonts baptismaux en novembre 1938, qu’en serait-il peut-être advenu pour le monde ? On n’a pas idée de ce que peut faire un seul saint ; la sainteté d’un seul est plus forte que tout l’enfer réuni ».

Et encore plus pour la sainteté de Marie, chers amis !

Demeurons avec Marie et l’Eglise sous le regard de Dieu seul qui élève et qui sauve. Qu’elle nous aide à faire comme elle la volonté du Père.

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Abbé Alexandre-Marie ROBINEAU +

 

Documents cités dans l'homélie :

 

Thomas Merton fut un moine trappiste attiré par l’érémitisme et une personnalité aux multiples facettes. Ce contemplatif, prophète, poète, écrivain, fin connaisseur des Pères du désert, de l’hésychasme et des mystiques du moyen-âge (cisterciens, rhénans, flamands, anglais, espagnols, …) fut aussi un pont vers d’autres traditions spirituelles en particulier le bouddhisme zen et l’hindouisme. C’était encore un observateur engagé dans les problèmes de son temps : l’antiracisme, la paix & la non-violence, l’écologie ainsi que l’œcuménisme. Il reste par-delà les années un véritable maître spirituel pour notre temps sombre.

Son journal intime récemment traduit en français permet de découvrir un personnage attachant, responsable et libre devant Dieu, offrant une synthèse surmontant l’opposition entre parole/silence, solitude/communication, contemplation/action, obéissance/refus de la censure … Un guide spirituel qui reconnaît « ses doutes, ses infidélités, son inexplicable souffrance intérieure » à l’occasion du 22ème anniversaire de sa prise d’habit, est peut-être plus proche et abordable pour le simple chercheur de Dieu qu’un hiératique saint de vitrail.

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Livres de Thomas Merton :

·       Semences de contemplation, Seuil, 1963.

·       Les Voies da la vraie prière, Cerf, 1970.

·       Zen, Tao et Nirvana, Fayard, Paris, 1970.

·       Mystique et zen. suivi de Journal d'Asie, Albin Michel, 1995.

·       La nuit privée d'étoiles suivie de La paix monastique, Albin Michel, 2005.

·       La sagesse du désert : Apophtegmes des Pères du désert du ive siècle, Albin Michel, 2006.

·       La terreur ou la paix, Lethielleux, 2006.

·       L'expérience intérieure : Notes sur la contemplation, Cerf, 2010.

·       Méditations avec les lucioles. Journal (1939-1968), Bayard, 2021.

Livres sur Thomas Merton :

·       Dom André Gozier : Prier 15 jours avec Thomas Merton, Nouvelle Cité, 1996.

·       Michael W. Higgins : Thomas Merton : La voie d’un hérétique. Bellarmin, 2001.

·       Jacques Scheuer : Thomas Merton. Un veilleur à l’écoute de l’Orient. Lessius, 2015.

·       Bernardus Peeters : Un moine trappiste devient chrétien selon la tradition de Cîteaux : Thomas Merton, in Collectanea Cisterciensia n°62, 2000


 


LECTURES DE LA MESSE

 

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